Dall'orizonte una grande luce
Voici un article originellement prévu pour le blog de Ron... Ron a en effet décidé de partir en vacances sur son blog en choisissant le thème de l'Italie et en demandant à ses lecteurs de participer...
Bonne tentative, mais il a déjà reçu trop de contributions... tant mieux pour vous et moi, mon Italie restera entre nous ![]()
J’ai 16 ans, c’est mon premier voyage sans Papa Maman, je pars avec 6 copines en Italie. A vue de nez ça sent fort la scène de dépucelage sur la plage façon La vie ne me fait pas peur. Oui mais non. Car les deux hommes qui m’ont décidé à partir sont loin de l’image du rital dionysiaque. Jugez en plutôt, l’un est mort à 33 ans il y a des millénaires et l’on se dispute encore pour savoir s’il avait une femme ou non et l’autre avait alors plus de 80 ans et bavait par moments.
Roma. 7-21 août 2000. Giornata Mondiale de la Gioventud.
Première escale : un coin paumé de campagne napolitaine. Bonea. Un nom qui longtemps après restera le signe de ralliement de notre petit groupe. Ville de départ : Toulouse. Une petite trotte quoi. Le voyage en bus est long, très long. Nous sommes des ados, nous sommes des filles, nous avons 16 ans, nous cancanons donc comme des poules toute la nuit, parlant « mecs » bien sûr. Tant et si bien que Loulou, le curé assis sur le siège juste devant en outre d’avoir fait une nuit blanche « grâce » à nous, nous salue encore aujourd’hui avec un sourire crispé.
Une fois arrivés, à première vue, ce n’est pas très différent de nos contrées toulousaines. Si on enlève bien sûr tous les immondices accumulés le long de la route. A croire que les Italiens emmènent leur poubelle pour la balancer par la fenêtre pendant leurs trajets. De toute façon l’Italie, et Naples surtout, c’est sale, c’est bien connu.
Une des caractéristiques de ce voyage fut la confirmation de tous les préjugés qui courent sur les italiens. Les mamas envahissantes (celle de ma filleule venait jusque dans le bus pour lui dire au-revoir), les pâtes à tous les repas, les vespas partout, remontant et descendant l’unique rue du village, le racisme latent (« Mais vous êtes sûr que ce sont des Français ? Ils sont noirs ! ») et j’en passe.
Quelques souvenirs pourtant plus forts que les autres.
Déjà la première rencontre avec ma famille d’accueil en la personne de Rosa, une bonne vieille grand-mère toute fringante qui m’a prise par la main pour m’emmener me montrer à toutes ses voisines en m’expliquant qu’elle était allée chez le coiffeur rien que pour moi le matin.
Le premier repas. Un plat de penne avec une sauce délicieuse. Tout le monde se baffre, certains se resservent. Et quand nous avons tous la peau du ventre bien tendu, stupeur, arrive un plat de morceaux de poulets grillés avec des frites. ARG les Italiens mangent deux plats ! Même la pastèque aura du mal à passer après ça.
L’invasion du stade de Benevento (la bourgade plus grande - aïe j’en connais un qui me tuerait s’il savait que j’appelle sa ville d’origine une « bourgade » !) par notre groupe. Don Pascuale, le curé de Bonéa, lance les hostilités en entraînant Frère Marie-Joseph sur la pelouse face aux gradins. Tout le village et le groupe de français déboulent à leur suite faire une chenille géante, bientôt rejoints par la moitié du stade au grand dam des organisateurs qui doivent rembourser toute dégradation faite à la précieuse pelouse du terrain de calcio.
La visite épique de Bonea au lieu d’aller visiter la grande ville, Naples. Nous avons pu admirer un casque de la Seconde Guerre, une bouteille de vin géante, la doyenne du village (plus de 100 ans et mais ni toutes ses dents ni toute sa tête), et des plants de tabac qui séchaient. Passionnant, non ?
Des plats ultra copieux à 3h du matin quand nous revenions complètement fourbus chez Rosa, car « il ne faudrait pas que nous rentrions en France en pensant qu’en Italie on ne savait pas faire la cuisine ». Premier risotto, un vrai délice.
Une dévotion très différente de celle que je connaissais. Une superstition beaucoup plus ancrée dans le quotidien (quoique Frère Marie-Joseph et ses incessantes prières à Saint-Antoine à chaque fois qu’il perdait ses clefs (quasiment tous les jours) n’en était pas loin). La visite de la maison natale de Padre Pio me convainquit que ces gens étaient complètement fous. (en particulier la vision de vieux linges plein du sang des stigmates du bienheureux homme). Un chemin de croix en plein cagnard suivi d’un pèlerinage avec une minuscule Vierge qui faisait peur dans la Grand’Rue avec arrêts à chaque maison pour un chapelet accompagné d’un verre, d’un gâteau, d’olives, etc. (mon premier chapelet d’ailleurs !).
Une messe mémorable durant laquelle deux gamins criaient un peu fort dehors sur les marches. On vit alors Don Pascuale interrompre l’office, enlever son aube précipitamment, esquisser une petite génuflexion accompagnée d’un signe de croix, remonter presque en courant la nef… de grands cris nous parvinrent ensuite du dehors, un des gamins se mit à pleurer. Silence gêné dans l’église. Don Pascuale revient toujours essoufflé, renfile son aube, génuflexionne et se signecroite à nouveau et l’air de rien nous annonce que nous pouvons nous donner la paix du Christ.
La visite du musée de Benevento où le jeune gardien attira autant notre attention que les antiques sculptures.
En parlant de garçons, nous en vîmes beaucoup. Par contre peu d’italiennes de notre âge. Elle étaient toujours soit plus âgées soit beaucoup plus jeunes. Les garçons eux pullulaient, ma filleule les connaissait tous, parlant le mieux l’italien de toutes les personnes du groupe. Ceci dit pour moi la communication était difficile. Car ces charmants campagnards s’ils se vantaient au premier abord de parler 3 langues différentes, on se rendait vite compte que ces « 3 langues différentes » était en fait l’italien, le patois local et un anglais très aléatoire car ils ne comprenaient pas même « Thanks ».
Sans oublier leur timidité maladive (oui oui vous avez bien lu). Pour la dernière soirée, j’en invitais un à danser un rock (nous étions dans un groupe de jeunes gens de bonne famille, donc « nous » dansions le rock beaucoup, le madison un peu, presque pas du tout les autres danses (notamment celles où on se déchanchent juste sans pas pré-établis ou pas plus de « danse imitative » dans laquelle malheureusement j’excelle tout particulièrement), pour ma part, en bonne petite prolétaire, je n’ai jamais appris le rock - et en plus pour le peu que je sais il s’agit des pas du cavalier car j’ai eu longtemps pour seul partenaire ma sœur et étant la plus vieille, c’était toujours moi qui conduisait - ce qui fait très mauvais genre pour les jeunes gens de bonne famille mais je vais arrêter de vous parler de ces prout-prout inintéressants et revenir à mes italiens). Il minauda longtemps, puis dès les dernières notes jouées, partit presque en courant retrouver ses amis et me dévisagea ensuite tout le reste de la soirée comme si j’avais essayé de le violer en public.
Quant à ma pauvre filleule, durant 15 jours, elle n’eut de cesse de faire fondre Tonio, qui ne comprenait rien à ses nombreuses manœuvres subtiles (sa plus belle tentative fut, lors d’une nuit, un subtil « brrrr j’ai froid, j’aimerais bien me réchauffer »). Le bel italien dragueur, merci bien !
Deuxième escale : Roma. Enfin c’est vite dit. Nous étions en réalité logés à Ceccano (ville mondialement connue, non è verro ?) dans une école, tout le diocèse ensemble (les garçons se douchant dehors dans la cour derrière des bâches à moitié transparentes et surtout éclairées par derrière donc nous offrant de délicieuses ombres évocatrices). Ceccano est séparé de Roma en théorie par 1h de train. En théorie car en pratique, il nous fallait 2 à 3h pour retrouver nos pénates. La marche des trains d’italiens étant d’un arrêt toutes les 2 minutes, sachant que les arrêts en gare sont presque plus courts que les arrêts en rase campagne.
Peu d’Italiens durant cette seconde semaine et peu d’Italie également. Beaucoup à cause de Petiteucheffe qui nous a pourri le voyage bien comme il faut « non pas de Fontaine de Trevi, il faut prendre le métro, c’est trop compliqué », « non pas de Colisseo, il y a trop de monde », etc… Beaucoup de français en réalité, des portugais, et au sein d’eux LE portugais, et bien sûr LE Polonais présidant le tout. Ce n’était pas notre première « rencontre », ce ne fut pas non plus la dernière, mais ce fut une des plus émouvantes (à égalité avec Lourdes 2004).
La dernière nuit des « Giornate » fut miraculeuse à bien des égards. Et bien qu’elle ait eu lieu à Tor Vegata, dans la banlieue romaine, elle doit peu de ses prodiges à l’Italie.
Du moins c’est que j’ai longtemps cru. Après avoir vécu des Word Youth Day à Toronto et autres Weltjugendtag à Köln (prononcez « Cologne »
) j’ai pris conscience que l’ambiance qu’il y eut ce soir-là devait tout de même beaucoup à l’Italie. Une certaine joie de vivre, une simplicité des rencontres, de la convivialité, quelques jeux idiots également, et surtout beaucoup de musique à la belle étoile, des voix plus ou moins justes et des rapprochements au son de ces voix.
Belle nuit, ô nuit d’amour.*
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L’Italie c’est en fin de compte les mêmes choses que chez nous, mais avec un goût différent. A l’image du lait que me faisait Rosa tous les matins et que j’avalais goulûment alors que depuis le primaire j’ai toujours refusé systématiquement d’en absorber une seule goutte. Lorsque je lui ai demandé quel était son secret pour rendre le lait si délicieux et différent de chez moi, la réponse fut des plus étonnantes : « Tu fais bouillir le lait, tu rajoutes du sucre JUSTE quand il bout. » Ah ouais quelle super recette de grand-mère dis donc (et en plus je vous la donne !).
Un goût différent donc. Qui permet d’ailleurs aux Italiens d’associer des Crackers et du Nutella sans que cela les dérangent le moins du monde.
De toute façon, le Nutella et les Italiens, c’est une très longue histoire d’amour, c’est bien connu. (je vous avais bien dit que tous les clichés seraient passés en revue, ah non attendez personne ne s’est baignée à moitié nue dans la fontaine de Trevi mais rappelez-vous « la fontaine de Trevi faut prendre le métro, c’est trop compliqué » (Petiteucheffe, sois maudite jusqu’à la millième génération)). De toute façon, comme l’a très bien expliqué un évêque italien aux dernières Weltjugendtag :
« Le Christ, c’est comme le Nutella. On peut vivre sans, mais la vie n’est pas aussi bonne. »
Voilà donc mon Italie. Quelque part je sais que je ne la retrouverais sûrement jamais telle que je l’ai découverte. Mais tant pis. De toute façon, quelques paroles suffisent pour que je sente à nouveau le soleil cuisant, que j’entende les accents chanter, que mes mains s’agitent frénétiquement.
Siamo qui… sotto la stessa luce, sotto la sua croce, cantando ad una voce…
*Notez que cette phrase peut avoir plusieurs références : pour les disneyphiles, la Belle et le Clochard, pour les cinéphiles La vie est belle de Roberto Begnini, pour les mélomanes Offenbach, les incultes vous n’avez qu’à considérer que c’est moi qui l’ai inventée ![]()
Commentaires
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Fratelli d'Italiaaa
comme tu t'en doutes c'est avec grand plaisir que je t'ai lu enumerer qqes souvenirs de nos jmjs mythiques!
Effectivement fallait pas aller a la fontaine de trevi, car a 15h de l'apres c'etait trop tard pour prendre un metro trop complique.
Par contre je ne me souvenais plus de l'episode de Don Pasquale.. de cette messe je me rappelle les regards tres mechants que me lancait ma mamma italienne, car je dormais desormais a l'oratorio.
Quand a Antonio... rhalala! quand je pense que lui aussi etait interesse par moi.... quel latin lover.
C'est clair, l'Italie surtout dans la region de Naples, c que des cliches. Et le mauvais sort de la mamma napolitaine me suis toujours... >:-(
Bon courage pour boucler ta maitrise! apres promis on fera la fete!
Par Laetitia — 26 aoà 2006, 20:58